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	<title>Chloé | Chloé Loneiriant</title>
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	<description>Musique et créations</description>
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	<title>Chloé | Chloé Loneiriant</title>
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		<title>Repenser la pédagogie traditionnelle : vers un laboratoire d’exploration modale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 15:52:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enseignement]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
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					<description><![CDATA[RÉFLEXION SUR MON PARCOURS EN TANT QU’ÉLÈVE ET ENSEIGNANTE Enseignante en France: auto-enfermement implicite Après 4 ans de loyaux services dans un établissement français dont je n’ai toujours pas percé tous les secrets des hiérarchies et des acronymes (nous ne sommes pas élevés dans cette manie, les Québécois!), je croyais arrêter l’enseignement pour de bon [&#8230;]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">RÉFLEXION SUR MON PARCOURS EN TANT QU’ÉLÈVE ET ENSEIGNANTE</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Enseignante en France: auto-enfermement implicite</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après 4 ans de loyaux services dans un établissement français dont je n’ai toujours pas percé tous les secrets des hiérarchies et des acronymes (nous ne sommes pas élevés dans cette manie, les Québécois!), je croyais arrêter l’enseignement pour de bon fin juin, persuadée que ma liberté et mon développement artistique m’attendaient ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contrat que j’avais avec le conservatoire, s’il était mal payé et loin d’être digne des acquis sociaux du pays, était assez vague. Je devais «&nbsp;enseigner la musique indienne&nbsp;» et j’étais assez libre du comment, ça s’annonçait plutôt sympathique. Etait-ce seulement du fait d’être en institution, je ne me sentais pas libre, au fond, d’enseigner un art tel qu’il fait sens pour moi, c’est-à-dire lorsqu’il devient un pont entre le Soi que nous croyons être, et le Soi qui se cache très profondément en nous sous des couches d’habitudes et de bonnes manières. La scène ne me demande pas ce compromis; je trouve toujours moyen de me déjouer moi-même, et ma vulnérabilité a sa place; mes doutes et mes confusions aussi. Personne n’attend de moi que je sois sachante; les publics aiment plutôt les artistes qui sont entiers. Les institutions d’enseignement que j’ai fréquentées me mettent une pression implicitement, simplement par leur existence: mon savoir doit savoir s’extraire de moi pour devenir un objet objectif qui se transfère d’une personne à l’autre contre rétribution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après 10 ans en tant que professeure de musique indienne en France, j’avais aussi envie de rompre avec l’enseignement tel que je me sentais obligée de le donner. Je n’aimais pas « recracher l’Inde » sur un plateau de<em> thalis</em> (assiette de buffet indienne) avec les <em>raags</em> (cadres mélodiques) à droite, les <em>taals</em> (cycles rythmiques) à gauche, la mythologie entre les deux, et ainsi de suite. J’avais passé 8 ans en Inde, mais je n’étais pas Indienne, et j’avais maintenant passé 10 ans en France. J’avais envie d’explorer la lisière entre mes identités, dans les crevasses de mes bagages, étudier même les punaises de lit qui s’étaient réfugiées dans le fond de mon baluchon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En prenant la décision d’arrêter complètement l’enseignement, ce que je n’avais pas considéré, c’est que ces études de pérégrinations qui me faisaient rêver semblaient plaire également davantage aux élèves que mes livres de recettes bien ficelés et plastifiés; ceux sur mon CV qui avaient plu aux RH lors de mes différentes embauches. Aux détours de discussions avec certains élèves, alors que je m’apprêtais à ravaler quelques larmes d’adieux à la fin de l’année scolaire, je me suis rendue compte que si mes folies n’avaient peut-être pas leur place dans un conservatoire, elles pouvaient intéresser certains humains autour de moi. Que mes folies n’aient pas leur place dans un conservatoire, ça c’est moi qui le dit, car aucun de mes supérieur n’a jamais su que je mettais les élèves en <em>sirsasana</em> (équilibre sur la tête; posture de yoga) pour sortir certaines harmoniques de leur voix! Mais j’avais tout de même la trouille d’être démasquée… Remarquez: je n’aurais pas voulu non plus que mon prof de chant indien me voit faire marcher un élève « comme une reine aux gros seins » avec un livre en équilibre sur sa tête. Et c’était aussi pour le bien de sa voix et de ses harmoniques, je le jure! Mais pas très traditionnel indien… on reste assis en tailleur là-bas…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elève en Inde: trauma et salut</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La tradition indienne m’a fait violence. La relation <em>guru-shishya </em>(maître-élève) telle que je l’ai rencontrée majoritairement en Inde, ou telle qu’elle est encensée là-bas, est basée sur un rapport de domination puisque sur un rapport d’allégeance au professeur, un rapport de passation d’un bien à acquérir (le corpus de compositions, ou le savoir de règles de grammaire) en échange d’une non-remise en question du <em>guru</em>. Pour parler de mon expérience personnelle, mon individualité et ma particularité de cheminement n’a jamais été prise en compte par mes différents professeurs, exceptée par l’une de mes professeures de danse Odissi, et que je garde sur un podium de respect pour cette raison. A part cette artiste, les autres musiciens et danseurs que j’ai rencontrés se contentaient de m’enseigner exactement de la même manière qu’à leurs élèves indiens/occidentaux/professionnels/amateurs/doués/pas doués/multi-instrumentistes/mono-instrumentistes…et ainsi de suite. Il n’y avait que des usines à flûte/chant/Odissi un peu partout, des manufactures à la chaîne. Les élèves finissaient par tous se ressembler, être des fades copies de leur maître, destinées à être imparfaites et fautives jusqu’à la fin de leurs jours. (Et rappelez-moi où est dans cette croyance la spiritualité revendiquée…)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma chère professeure de danse, qui n’était pas comme les autres car elle faisait honneur à ses différents bagages extra-traditionnels à la danse Odissi, m’a dit:&nbsp;«&nbsp;je ne peux pas t’enseigner la danse comme si tu n’étais pas musicienne car la musique habitera toujours ton corps. Il faut trouver comment tu peux te développer en danseuse-musicienne. Rajouter la danse à ta musique, chercher le geste dans ton flûtisme, faire de ta flûte un membre de ton corps dans la danse, puisque la flûte est un outil qui modèle ton schéma corporel plusieurs heures par jour. Et il faut travailler avec les angles morts de ton corps, que tu ré-apprennes à bouger de ton centre, non pas pour copier ma forme, mais pour trouver ton énergie vitale à toi. La forme est secondaire et se fait lorsque le point de départ du geste est compris.&nbsp;» (Je résume sa pensée telle que je m’en souviens aujourd’hui.) Et ainsi j’entrepris cette pratique ardue de ne refaire que quelques gestes de base à répétition pendant une ou deux heures par jour pendant des mois. Je n’apprenais pas de chorégraphie &#8211; la forme &#8211; , car elle voulait que je maîtrise l’essence, le ressenti, afin que les mouvements simples deviennent miens, évidents. Pas question de me contorsionner pour me faire entrer dans un moule. Je souffrais, et je ne trouvais pas toujours de plaisir immédiat à ce travail, mais je sentais que je devais le faire, car je partais de très loin en ce qui concernait la connaissance de mon corps ailleurs que dans mes doigts et ma bouche, et car il avait du sens en me proposant une rencontre avec mon ressenti de moi-même le plus profond. Des années plus tard, même si j’ai dû mettre en pause mon apprentissage de la danse, je considère que cette étude approfondie du geste a été cruciale dans le développement de ma musicalité, de ma vision artistique, et de la pédagogie qui pourrait m’intéresser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elève et enseignante dans deux systèmes incompatibles</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A écrire ce survol de mes expériences en tant qu’élève en Inde et que professeure en France, ce qui m’interpelle est justement la différence de contexte de l’une et l’autre des expériences. Mon apprentissage en Inde, s’il était quotidien, par immersion, et souvent gratuit, était tributaire d’une société dans laquelle je vivais en continu, et d’un sytème de valeur que je devais accepter dans ma vie entière à ce moment-là. Je ne «&nbsp;rentrais&nbsp;» pas en France le soir, et j’«&nbsp;apprenais l’Inde&nbsp;» non pas seulement par mon contact avec mon professeur de musique, mais par mon contact avec une multitude de gens. Je forgeais mon esprit, cet esprit qui perdure aujourd’hui dans ma musique, peu à peu sur un temps long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les élèves à qui j’enseigne cette musique hors de son contexte n’ont aucun des codes culturels qui viennent avec la musique ou son enseignement traditionnel. Les élève payent l’institution ou l’asso pour leurs cours et sont en droit d’attendre un rendu, dont un cadre horaire, du «&nbsp;matériel musical&nbsp;» monnayable qu’ils pourront éventuellement réutiliser pour «&nbsp;rentabiliser&nbsp;» leur investissement, en tant que créateurs ou enseignants eux-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon rôle est bidon. Je ne peux pas transmettre ce que j’ai reçu comme mes maîtres aimeraient que je le fasse, et surtout pas comme je l’ai reçu (d’abord car je me refuse à certaines pratiques violentes ou inadaptées…); je ne peux pas non plus transmettre ce qui est attendu par les institutions et élèves, car les attentes sont souvent irréalistes: des projections occidentales qu’un idiome musical puisse se conquérir contre un investissement de temps (toujours sous-estimés) et d’argent. Je suis l’agent intermédiaire destiné de part et d’autre à décevoir, frustrer, déshonorer, sur-simplifier, piller, déshumaniser…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et la profonde beauté de l’enseignement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon parcours en tant qu’enseignante a été éprouvant, et pourtant, je me suis rendue compte que la rupture du contact avec mes élèves ne correspondait pas tout à fait à mon désir le plus profond. Pour être honnête, les élèves avaient autant d’attentes différentes que de personnalités différentes, et certains n’ont jamais projeté de soif orientaliste sur mon enseignement; ils ont plutôt collaboré à nous ouvrir de fantastiques terrains de jeu et d’exploration où je n’aurais jamais pu aller seule. Je me dis souvent que j’ai plus appris sur la musique indienne et sur la musique en général lors de ces 10 années d’enseignement en France, que lors de mes 8 années précédentes en Inde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment conserver ces espaces uniques d’échanges avec d’autres musiciens sur leur chemin personnel, sans sentir que je me rétrécis pour entrer dans une petite boîte? J’ai envie de conserver un espace de recherche qui se crée naturellement dans une relation de transmission. Je sais que la réponse à cette question m’incombe, et que les limitations qui m’ont pesé ne viennent que de moi, au fond. Il me faut redéfinir un cadre pour que les influences entre les chemins artistiques continuent à se faire. Je cherche encore le vocabulaire pour redéfinir les relations de transmission telles qu’elles me conviendraient, plus horizontales. Il me semble de plus en plus évident que les mots <em>prof/élève</em> ne me conviennent plus trop. Il m’arrive encore de prendre des cours, mais je n’accepte la relation que lorsqu’elle me semble en accord avec certains principes humains et artistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimerais aussi continuer à « transmettre », mais il me faudrait me positionner encore plus clairement. Arrêter de « vendre » (par l’entremise d’une institution) une<em> technique</em> de doigts, ou un <em>mode</em> et sa <em>grammaire</em>. Arrêter de « passer » un <em>corpus</em> ou un <em>langage</em>. Je souhaite plutôt fouiller la poésie, même dans les fautes, les silences ou le son apatride, et ce en compagnie d’humains qui ont leur chemin propre, leur personnalité et leur corporalité aussi intéressantes qu’uniques. Chercher ce qui <em>est avec/en</em> des êtres, en y apportant mon expérience, toute subjective, et questionnable. Que le son se sculpte de lui même par la force de l’attention, plutôt que par l’injonction d’un style. Par exemple, j’aimerais voir si la modalité peut naître comme le résultat d’une évidence ressentie, plutôt que par un choix.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>LA PROPOSITION CONCR<strong>È</strong>TE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je tente donc une nouvelle formule, qui sera à ré-évaluer en cours de route. J’avance à tâtons, prévenue par mon ami militant anarchiste que l’horizontalité a besoin de cadres très clairs, et que les miens ne le sont peut-être pas assez encore, mais je fais au mieux… Et je précise que le projet n’a pas vocation à horizontalité non plus, il se veut juste moins vertical que l’enseignement traditionnel. Le contenu et le cadre des échanges doit suivre cette rupture avec la verticalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De quoi s’agit-il?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’instant, j’appellerai mon nouveau projet «&nbsp;Laboratoire d’exploration modale&nbsp;». Je proposerai une rencontre par mois, dont la longueur sera variable en fonction du nombre de participants. Les niveaux et instruments seront mélangés car je perçois cette distinction comme étant secondaire à l’heure qu’il est. L’écoute fine et modale n’est pas forcément acquise même chez les virtuoses, et le travail de la voix est un levier incroyable pour les instrumentistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je demanderai aux participants de s’engager à venir à 8/9 des sessions au minimum, et à présenter le fruit du travail et des recherches au mois de Juin: il pourra s’agir d’un concert, ou simplement d’une présentation/restitution d’une démarche, selon le choix de chacun des participants, et ce lors d’une date unique convenue ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour qui?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Destiné aux êtres humains ayant un engagement conséquent et sérieux dans une pratique musicale ou corporelle connexe et pertinente. Il ne s’agit pas de viser les musiciens professionnels uniquement, mais le laboratoire ne sera pas un espace pour pratiquer une activité de loisir, sans investissement personnel entre les séances. Il n’y aura pas forcément de travail obligatoire à fournir entre les séances en lien avec ces dernières, mais vous devez être engagé dans un travail artistique quotidiennement, qui bénéficiera, lui, de cet apport ponctuel, et qui guidera ce que vous voulez venir chercher au labo. (Ne pas hésiter à en discuter avec moi)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A quoi peut-on s’attendre?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors des 9 sessions (une par mois, de Septembre à Mai), nous aborderons plusieurs sujets que je ne veux pas définir à l’avance, justement pour nous laisser la liberté de suivre les demandes des uns et des autres. J’inviterai les participants à faire leur demande au moins une semaine au préalable et j’adapterai ces demandes en fonction de ce que je trouve intéressant au regard de mon bagage polyglotte, et du bagage des autres élèves. N’hésitez-pas à me faire part de vos demandes et intérêts dès maintenant!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans mes sujets de<strong> </strong>prédilection que j’aimerais continuer à explorer cette année, ou pas selon intérêts, il y a:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Le travail de la voix et son lien avec le corps</strong>: par exemple comment chercher une justesse du timbre qui dépasse la « fondamentale », qui accorde aussi les harmoniques selon l’intention?<br>Comment ouvrir des voix de femme aux graves, aux harmoniques plus riches, aux résonances plus profondes. Cette exploration, dans notre contexte social musical actuel est même politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Le lien entre la voix et les instruments</strong>: comment rendre un instrument encore plus parlant, encore plus vocal? La tradition indienne nous offre un départ exceptionnel pour cette recherche qui mérite d’aller plus loin que son terreau initial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Ergonomie du musicien</strong>: particulièrement celle du flûtiste de bansuri, et impact du corps sur la musicalité, étude de résultats de choix corporels différents. Etude de l’assise, position debout, et des choix musicaux qui en découlent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>La tanpura</strong>: bourdon utilisé en Inde, elle n’est pas une épice qui colore une langue pour que l’on puisse l’identifier à l’Orient, elle est le point de départ de la découverte de modes qui trouvent leur origine dans des principes physiques. Rare instrument qui rende audible tant de rangs harmoniques, et qui permette d’entendre plusieurs tempéraments dans un ressenti de justesse étincelante. Comment s’allier à cet outil au-delà d’une évocation culturelle? Comment parvenir à entendre les tempéraments plus précisément?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Les cheminements mélodiques</strong>: certes, certaines lignes mélodiques évoquent toujours par exemple les ragas Maru Bihag ou Khamaj, mais quelle émotion particulière évoque une cellule encore plus petite de deux notes, trois notes, hors raga, et ces ressentis sont-ils communs à ceux qui ne partagent pas l’acculturation indienne? La lisière des ragas m’intéresse particulièrement; cet endroit où l’on passe de la règle grammaticale, à la vie du raga plus globale, à l’identité, dépassant ce qui peut s’expliquer. Observer les procédés d’immersion pour comprendre ce qui tient à l’acculturation, ou à la physique du son.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Les ornementations</strong>: potentiels expressifs en-dehors de leur cadres culturels, implicites…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Le choix d’un cycle rythmique pour son potentiel d’expression émotionnelle</strong>. Est-ce qu’un cycle en 10 temps serait plus propice à la mélancolie, balançante mais irrégulière, qu’un cycle de 4 fois 4 temps, plus propice à la clarté d’un propos joyeux et énergique?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>La perception </strong>qu’ont les élèves de la musique indienne, ce qui leur parait bizarre, incongru, nouveau, intéressant. Un moyen de faire des zooms et dézoom sur un idiome que je connais tant et si peu à la fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Liens avec vos langages musicaux de prédilections</strong>, autres musiques traditionnelles, classiques, improvisées…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Possibilités créatives de certains idiomes</strong> hors-contexte,</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Renversement des rôle mélodiques et rythmiques</strong> entre les instruments et les parties</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Mémoire et expressivité</strong>: comment des mots deviennent une phrase</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Entre interprétation et improvisation</strong> dans l’oralité: déviations, décolorations, appropriation, transformation, transfiguration, innovation,… refaire sans jamais refaire… liberté/cadres. Intuition vs. rationalité</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Relevés et écritures musicales</strong> pour aller plus loin dans la compréhension d’un langage?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>Son et plaisir du son</strong>, timbre et connotations culturelles, harmoniques, acoustique, lieux de musique culturels, lieux de résonance…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>à la croisée de l’harmonie</strong>? Et autres explications des pôles mélodiques…</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et les thunes?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelques possibilités qui vont dépendre du nombre de participants à s’engager, et qui peuvent aussi évoluer. Le but étant de respecter les limitations et possibilités de tous, y compris moi-même, pour que le travail artistique soit possible dans un contexte le plus favorable possible. Merci de me contacter si intéressé.e!</p>
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		<title>S’approprier l’idée d’appropriation culturelle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 20:48:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mon intérêt envers le concept d’<em>appropriation culturelle</em> ne m’est pas venu alors que j’apprenais la musique <em>hindustani</em> en Inde</strong>. J’avais développé ma musicalité dans un contexte universitaire, qui parle d’Univers et qui prétend à l’universalisme: le monde était un champ d’étude, un champ de ressources pour discours qui pourraient être lucratifs si placés sous le bon directeur de thèse. Qui plus est, j’étais aussi formée à l’époque des ERASMUS et autres échanges universitaires d’un an, à l’époque des « voyages humanitaires » de trois semaine. L’un et l’autre étaient des parures de bonne élève pour les bourses au mérite auxquelles j’aspirais; ils pouvaient montrer mon engagement envers « le monde », mon « ouverture d’esprit ». </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans mon Québec natal, j’avais compris le système qu’on me proposait et je le naviguais mieux qu’un navire d’aventurier: </strong>j’avais réussi à me rendre dans une quinzaine de pays sans sortir un sous de ma poche. J’avais enseigné l’art mural dans un bidonville péruvien, reconstruit un éco-village dans une campagne reculée d’Espagne, enseigné le Français dans une forêt estonienne, appris la résistance non-violente en Allemagne, appris la musique classique dans une université en Angleterre,… Apprendre la musique hindustani en Inde, c’était un nouveau rêve, qui comme les précédents, me paraissait accessible et légitime. De mon Québec XXIe siècle, je n’étais pas en espace-temps plus rapprochée de Mozart que du <em>raga</em> Yaman. Tout pouvait être appris n’importe où &#8211; ou consommé, ai-je envie de dire &#8211; je n’en serais qu’une « meilleure » humaine. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Difficile de résumer cette <strong>expérience qui ralentit et stabilisa mon ardeur de vivre</strong>. Je passai 5 années autour d’une personne qui mis sa marque indélébile sur mon existence en y distillant peu à peu sa musicalité et sa philosophie <strong>jusqu’à ce qu’elles deviennent peu à peu miennes, presque à mon insu</strong>. Les 3 années suivantes, alors que je continuais d’arpenter l’Inde de long en large entre travail et recherches artistiques, je n’étais qu’en train de digérer les 5 premières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon retour en Occident fut brutal. Je croyais « rentrer », mais je ne rentrerais plus jamais; je pourrais, au mieux, faire semblant d’être occidentale, parfois faire semblant d’être Française, en forçant un peu l’accent. Pour dire vrai, <strong>je ne comprenais rien du nouveau pays dans lequel je m’étais établi</strong>, mais surtout, je ne comprenais rien à son écosystème musical. Je ne comprenais pas pourquoi les musiciens de musiques traditionnelles occitane me voyaient comme l’une des leurs, et pourquoi les musiciens classiques me semblaient si lointains, moi qui venais pourtant du classique, et qui venais de passer 8 années à être dans une discipline de gammes et de pratique du son qui est bien loin des stages de groupe d’un week-end aux revendications politiques et populaires, sans dire qu’une pratique vaille mieux que l’autre! Des gens avec des habits colorés délavés venaient me parler de <em>mantras</em> alors que je n’en connaissais aucun, et surtout, tout le monde avait toujours une tante ou un cousin qui avait été 3 semaines en Inde et qui avait adoré ou détesté ce pays. Je ne comprenais même pas ce qu’était « ce » pays et je restais interloquée, parfois muette, en ne sachant plus trop qui j’étais, d’où j’arrivais et où j’étais. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai voulu gagner ma vie en France en tant que musicienne. <strong>Je ne comprenais rien à ce système d’intermittence</strong> (par exemple, pouvoir faire 43 cachets en 5 concerts et 2 stages), <strong>aux canaux de financements</strong> (par exemple, demander une aide pour soi au nom d’une association),<strong> aux fraudes attendues </strong>(par exemple, gérer une association au nom de son meilleur pote).<strong> Je ne comprenais pas non plus les attentes artistiques</strong> qui pesaient sur ce que je pouvais représenter (si je joue de la musique indienne, je saurai forcément jouer de la musique celtique, et je vais forcément m’intéresser à la musique turque). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Donnant naissance à 3 enfants en 2 ans, je me tournai plus spontanément vers l’enseignement, qui correspondait pour l’instant à mes contraintes familiales. Je me retrouvai très souvent la proie d’un <strong>fantasme pour tous les traumatisés des conservatoires</strong>: la musique indienne était perçue comme une nouvelle chance d’apprendre une musique plus humaine, plus « spirituelle ». Bien que moi-même nourrie par ce fantasme en arrivant en Inde, j’avais eu long fait pour constater la violence de l’écosystème musical indien. Je me trouvais donc à un carrefour de possibilités: entretenir le rêve d’une musique plus « juste » et « éthique » auprès de mes élèves, ceux qui ne cherchaient pas forcément l’exactitude, mais davantage un chemin vers le mieux être; ou alors me priver de revenus, et aller coûte que coûte vers « la vérité » , et peut-être exposer la violence, ou une vision pessimiste d’une culture, qui a aussi tant de mérite. En entretenant un rêve de « musique spirituelle », je pouvais aussi recréer une <strong>emprise psychologique</strong> guru-isante, que j’ai apprise à reconnaître comme étant tout aussi violente que la vérité… En fait, parler de vérité est bien difficile à faire, et si elle était un concept en elle-même, elle se situerait probablement au milieu du carrefour, ni dans une direction ni dans l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ma vérité se situe à des endroits différents à chaque moment.</strong> Face à certains élèves, j’ai contribué à la création d’un rêve tel qu’ils l’attendaient, j’y ai cherché l’art intrinsèque, dans le rêve en lui-même. Face à d’autres, j’ai démoli des présupposés, des certitudes; ou alors je les ai amenés à l’intérieur d’eux-même, au fond de leur corps et de leurs ressentis subtils, me disant qu’à partir de là, ils étaient en sécurité pour se chercher eux-même en dehors de l’Inde et de l’Occident. J’ai compris en enseignant pourquoi mon propre maître de bansuri donnait des réponses différentes à chaque élève et à chaque jour. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le malaise fut ma porte d’entrée vers cette notion d’appropriation culturelle. Il naquit de ce <strong>besoin de flexibilité et d’incertitude qui grandissait </strong>en moi au fur et à mesure que j’évoluais dans un art en représentation, et ce dans un contexte différent de celui où je j’avais appris mon art. Mon besoin de douter croissait proportionnellement avec une demande grandissante autour de moi pour des <strong>réponses délimitées, tranchées, binaires. Les élèves voulaient être rassurés. Les institutions aussi. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m’interrogeais continuellement sur les <strong>sacrifices à faire pour « plaire » aux élèves et aux institutions</strong>. Si les élèves n’étaient pas assez nombreux, me disait mon patron, devais-je me résigner à écrire des partitions de musique indienne pour donner un confort aux élèves, leur donner l’illusion d’une musique accessible? Si j’avais 6 jours de stage pour monter un programme de concert, était-ce important d’insister sur la vocalité et sa corporalité? Etais-je légitime de montrer comment certaines postures de yoga affectent le son, ou était-ce contraire à la charte de la laïcité de l’institution? Trop connoté hippie, pas assez académique? Avais-je vraiment envie de transmettre un chant dans un dialecte que je ne parle pas et que mon maître indien ne parlait même pas lui-même? Etais-je vraiment représentante de « LA musique indienne » ou était-ce plutôt ma musique que je transmettais, qui aurait d’indien ce qu’elle voulait bien en avoir? Mais j’étais engagée pour LA musique indienne, n’est-ce pas? <strong>Qu’attendaient-iels d’elle, en si peu de temps d’apprentissage</strong>? Pourquoi? Est-ce que leurs motivations n’étaient pas infondées? Quel était mon rôle finalement?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui me paraissait le plus riche dans l’aventure que j’avais vécu, c’était ce <strong>changement de ma pensée, ce lâcher-prise</strong> qui vient à force de trains retardés, de cours reportés, de notions incomprises et incompréhensibles par la raison, de certitudes déconstruites. Je n’allais jamais transmettre cela en enseignant en France, et c’était prétentieux qu’aspirer à le faire: les leçons que j’avais tirées d’un apprentissage n’étaient peut-être pas celles qu’il manquait aux êtres qui commençaient un apprentissage similaire. Ne me devais-je pas, toutefois, de transmettre autre chose que ce qui était attendu, dans la mesure où je laisserais ainsi entrevoir le fait qu’il existe d’<strong>autres manières d’être au monde, musicalement</strong>? N’était-ce pas, au final, ce qui devait nous importer le plus à tous?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La musique hindustani est un art de l’improvisation avant d’être un corpus de compositions. Les compositions sont rarement attribuées à des compositeurs, et sont assez simples par rapport à la complexité du système musical en lui-même. De mon point de vue, <strong>l’intérêt de cette tradition se trouve dans l’art de l’improvisation plutôt que dans les compositions</strong>. Ces dernières servent de prétexte à l’improvisation, de ponctuation, et de point de ralliement. Mon plus grand malaise est né de cette compréhension que je n’avais pas réussi à transmettre, puisqu’elle relevait de l’évidence pour moi, n’étant moi-même pas encore assez extérieure à la tradition que je voulais enseigner pour en parler avec objectivité. (Et je me surpris par la suite à me demander si des musiciens étant restés beaucoup plus extérieurs à cette tradition que moi ne seraient pas mieux positionnés pour l’enseigner dans ce contexte-ci)</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’avais enseigné une composition à un élève. Elle était <strong>un point de départ pour la compréhension future</strong> des codes d’improvisation, que je comptais lui enseigner par la suite. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre cette composition rejouée telle quelle, sans improvisation codée, quelques semaines plus tard sur scène, au sein d’un projet de fusion musicale qui se croyait à la croisée des « musiques du monde ». « La musique indienne » me semblait si dénaturée, privée de son intérêt premier, et je ne voyais même plus comment elle pourrait intéresser des musiciens sérieux, présentée ainsi de manière aussi simplifiée. C’était comme servir une tarte sans l’appareil, et s’étonner que personne ne s’émeuve devant la croûte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut faire des biscuits à partir d’une pâte à tarte, en la sucrant peut-être, mais dans tous les cas, on n’utilisera pas un moule à tarte. Et on n’arrivera probablement pas à une soirée en disant « voilà une tarte ré-interprétée » en étant fier et confiant. Ce genre de malaise m’atteint régulièrement depuis ce premier moment révélateur. Le malaise tient aussi sur le fait que <strong>le geste en soi ne soit pas condamnable</strong>. Je ne peux en vouloir à qui que ce soit d’arriver à une soirée fier de son fond de tarte. La honte est liée à des <strong>codes, qui peuvent être difficiles à expliquer ou transmettre</strong>, et qui ne présentent pas forcément de colère ou de rancune. Mon fils a mis du temps à comprendre pourquoi il ne pouvait pas se mettre nu dans la rue. Et je ne voudrais pas condamner sa nudité en elle-même: il est né nu, après tout. Le malaise tient des mœurs d’un lieu et d’une époque, qui ne sont pas universels, qui ne relèvent pas d’un absolu. Ils relèvent d’une <strong>empathie à une altérité, d’une sensibilité à un contexte</strong>, si subjectives soient-elle. Dans le contexte où j’étais, rien de bien dramatique que de proposer une composition indienne comme si c’était un objet en soi; peut-être qu’un fond de tarte est une curiosité dans un endroit de ce monde où il n’y a pas de Français, et peut-être que servi avec du riz blanc, c’est quand-même nourrissant. Peut-être aussi que cette façon de voir le fond de tarte comme une tarte appauvrie sort d’un biais culturel que j’ai, qui voudrait tout classer entre positif et négatif, droite et gauche. J’ai bien expérimenté d’autres <strong>façons moins binaires de penser le monde</strong>, justement quand j’étais en Inde!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour autant, j’ai ressenti ce jour-là un malaise. Parlait-il donc plus de moi-même que d’une domination coloniale? Etait-il dû au fait que je connaissais cette étape initiale d’entrée en lien avec une culture musicale étrangère, pour y avoir moi-même été? Etait-ce le <strong>renvoi vers ma propre ignorance</strong> qui me mettait mal à l’aise, le fait que la situation exacerbait à quel point l<strong>’ignorance puisse s’ignorer</strong>?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, que dois-je faire de ce genre malaise? Suis-je légitime pour condamner l’appropriation culturelle, moi qui pratique une musique d’Inde en n’ayant que très peu de gènes indiens? <strong>Qui est légitime pour octroyer la légitimité</strong>? L’ethnomusicologue qui a tout lu et qui consomme cette musique qu’il n’a pas étudiée depuis une salle de concert française? Le musicien qui joue cette musique depuis des années en l’ayant apprise par des cours en visioconférence, des tutoriels youtube? Le musicien accompli qui l’a apprise pour suivre la tradition familiale et qui la performe pour gagner sa vie en espérant faire fortune ou atteindre la célébrité espérée par ses parents, mais qui a peu de recul face à la place de son art dans le monde? Celui qui la joue dans n’importe quel contexte, qui fait carrière dans les studios Bollywood, sans consternation face au potentiel déclin d’une tradition classique? Celui qui préserve la tradition en s’isolant de tout un milieu musical vivant pour suivre l’idéal de l’ascèse promut par certains gurus aux intérêts politico-économiques? Celui qui ouvre des écoles si fréquentées et si célèbres qu’il ne peut plus s’investir dans l’éducation de ses élèves? Celui à qui on a tant transmis mais qui n’y croit plus, qui n’enseigne plus cette musique, ni à ses enfants ni aux autres? Celle à qui on a refusé l’accès aux pratiques avec les hommes, qu’on a éloignée de la scène au point où elle ne la connaisse quasiment pas, alors qu’elle connaît un répertoire incomparable de ragas et de compositions?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fut intéressant, lors de mon parcours auprès de différents professeurs, maîtres et au sein de différentes écoles et universités, de voir que la légitimité se revendique haut et fort de partout dans le milieu de la musique classique d’Inde du Nord car elle est peut-être<strong> menacée au plus profond de la plupart des gens</strong>: ceux qui ont le nom de la lignée familiale n’ont pas reçu l’enseignement du parent décédé trop jeune, ceux qui ont reçu l’enseignement n’ont pas le nom; Ceux qui ont la célébrité n’ont pas de formation traditionnelle longue; ceux qui ont des décennie de formation auprès d’un maître n’ont pas la célébrité; certains n’ont pas la caste, pas la religion, pas l’origine souhaitée (jouer de la musique d’Inde du Nord en venant du Kerala…), pas la classe socio-économique associée… <strong>Les prétextes au manque de légitimité pour représenter une tradition sont nombreuses, et ce même au sein des musiciens d’origine indienne</strong>. Elle n’est parfois pas décrétée haut et fort, on la reconnaît parfois dans les jalousies des uns envers les autres, ou dans les carrières avortées. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour revenir à ma propre expérience de musicienne en France et au Canada, il semblerait que je sois légitime selon certaines références, et non légitime selon d’autres. <strong>La légitimité prend parfois des visages de racisme</strong>. Il se pourrait qu’un Anglais d’origine indienne de par ses grand-parents, qui n’ait étudié la musique hindustani que pendant quelques mois à Londres, ait plus de crédibilité auprès des publics que moi, seulement parce que sa peau est teintée et son visage typé. N’y jouerait rien le fait que la musique hindustani fasse partie de mon quotidien depuis 18 ans, et que j’aie transformé ma vie pour elle en m’expatriant, quittant famille, amis, réseaux professionnels, traversant des phases de précarité comme de solitude. N’y jouerait rien le fait que l’Inde m’ait transformée pendant 8 ans au point où je me sente partiellement étrangère en France et au Canada, à tout jamais…</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette musique que je joue, presque exclusivement depuis 18 ans, qui est au coeur de mon identité, et pourtant, à l’heure où j’écris, <strong>elle équivaut à une musique morte dans mon contexte de vie</strong>. Jouer de la musique indienne en France n’est pas bien différent que de jouer de la musique médiévale au XXIe siècle: le contexte vivant qui entoure cet art est absent, et la musique ne peut plus, par par la force des choses, avoir la même signification, le même sens. Les publics n’ont pas plus les codes dans une situation que dans l’autre, et si l’on considère une musique pour ce qu’elle représente au sein d’une société, il est complètement faux de dire que je joue de la musique indienne en France. Je ne pourrai jamais la jouer comme je la jouerais en Inde. Le silence des salles européennes n’inciteront pas les mêmes idées dans mon jeu que ces publics indiens qui réagissent à voix haute et commentent chaque audace d’improvisation en les saisissant dans leur contexte. Je vivrai une expérience bien différente avec mes collègues ici, et il se peut que ma motivation à jouer soit complètement différente. Mon positionnement social en tant que musicienne aura un tout autre écho en France et en Inde également. Autrement dit, la <strong>musique indienne en France deviendrait presque une relique, juste par le fait qu’elle soit coupée de son contexte social initial</strong>; elle deviendrait presque un objet de curiosité à observer en vitrine. Comment pourrait-elle demeurer un prétexte à rencontre et interaction entre des musiciens et des publics, si elle n’évoque rien chez ces publics? Comment pourrait-elle rester un remède aux maux d’un groupe de gens situés, si elle n’est plus adressée à ceux pour qui elle a été créée? Comment peut-elle rester un acte de transgression dans un ordre établi, dans une société déjà toute transgressée d’un côté, et toute sourde de l’autre? Peut-on vraiment donner le même médicament à un asthmatique et un diabétique, et espérer qu’il soigne l’un aussi bien que l’autre?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les parties du monde que j’ai traversées qui diffusent la musique indienne marchent toutes vers<strong> le capitalisme</strong>, il me semble important de mettre un projecteur sur la notion d’<strong>accumulation</strong>, qui fait écho au mot même d’appropriation. Nous apprenons à naviguer dans des échanges entre des ressources (à exploiter) et des rétributions. En  France elle est chiffrée encore plus brutalement qu’ailleurs: 43 cachets. Ces chiffres, ces données quantifiables, assurent notre survie. Cette même vision, utile afin de coloniser des pays, est appliquée au patrimoine immatériel. Il faut acquérir des aptitudes musicales, il faut posséder des connaissances, des outils stylistiques de chaque pays, des instruments d’endroits inaccessibles, collectionner du réseau, avoir une légitimité acquise par une transaction hiérarchique (un diplôme). En cherchant à savoir ce qui est à qui &#8211; au musée, à l’UNESCO, à l’Inde, aux humains, à une époque, à l’universel… &#8211; <strong>on se trompe selon moi de question</strong>. L’avoir est un vecteur de destruction peu importe dans quel sens. Face à la problématique de la légitimité face à une musique, je me pose la question d’une <strong>distinction entre l’être et l’avoir</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La forêt croit en <em>étant</em> vie, sans appartenir. La légitimité d’un être humain sur Terre <em>est</em> de par sa naissance. La légitimité pourrait être une condition de base qui se cultive sans rapport à l’autre, mais en rapport à un état de justesse de ses actions, de ses motivations. Faudrait-il donc, pour sortir de l’impasse des malaises, revenir à soi, et se poser la question, continuellement: pour quoi et pour qui suis-je en train d’agir? Suis-je en train d’étaler ma virtuosité, ou en train de démontrer mon <em>accumulation</em> d’éléments de langages lointains pour <em>obtenir</em> ma légitimité? Suis-je en train d’essayer d’<em>obtenir</em> ma légitimité pour <em>gagner</em> ma vie? Ou est-ce ce feu qui m’habite qui se traduit en vélocités, en citations d’ailleurs? Est-ce que j’utilise mes aptitudes <em>acquises</em> pour me barricader dans une<strong> réalité plus prévisible et confortable</strong>, ou est-ce que je me laisse transformer dans mon être profond par l’<strong>expérience nouvelle et imprévisible, insaisissable</strong>?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, j’ai entendu une belle artiste sur scène. Elle chantait des chants d’ailleurs, mais la question de la légitimité ne m’a même pas traversée. L’artiste était vivante, jusqu’au bout; elle était elle, en entier. Elle ne donnait pas l’impression d’être <strong>dans une transaction, entre un corpus reçu et un public à acheter</strong>. Elle donnait l’impression qu’elle essayait de <strong>s’offrir en prenant des risques</strong>, et non pas qu’elle essayait de<strong> s’emparer de nous, en montrant</strong> ses acquis. Même si rationnellement parlant, le consensus aurait probablement été atteint quant à sa légitimité face à ce répertoire, le répertoire importait peu, elle aurait pu chanter n’importe quoi et elle aurait été légitime, car elle était incarnée, au maximum de sa vitalité, et rendait honneur au vivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vivre en France et porter en soi les effluves et les teintes d’une tradition d’ailleurs, voilà deux réalités pour mener l’artiste que je suis vers un questionnement légitime sur l’appropriation culturelle. J’ai tenté de partager <strong>mon expérience en guise de réponse</strong>, qui reste un peu simpliste, peut-être, et que je me permettrai de laisser en suspens. Je n’ai ni l’intention d’éradiquer les malaises nés des rencontres interculturelles, ni l’intention de dresser une charte éthique sur la nature du bien et du mal, ou de répondre aux philosophes qui s’y sont penchés mieux que moi. Et puis, à la fin de l’année, je dois cumuler mes 43 cachets, moi aussi, pour l’instant… J’espère pouvoir le faire sans vous mettre trop mal à l’aise; n’hésitez pas à venir être vie à mes côtés en argumentant pour le plaisir de croiser les racines et les branches! Finalement, je ne peux terminer cette réflexion qu’en vous disant l’évidence: de mon parcours musical, <strong>ce que j’en tire de plus précieux, ce sont les rencontres et les amitiés, qui transcendent toujours les identités culturelles et les possessions</strong>! </p></div>
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		<title>Patriarcat et musique au féminin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 20:19:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
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					<description><![CDATA[Quel impact peut avoir le patriarcat sur la création musicale de certaines femmes &#8211; le début d’une réflexion… Lorsque l’on regarde les chiffres, il n’y a pas à être féministe pour se rendre à l’évidence: les femmes sont complètement sous-représentées sur la scène musicale française et internationale. Si elles sont plus présentes en musique classique, [&#8230;]]]></description>
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<h4 class="wp-block-heading">Quel impact peut avoir le patriarcat sur la création musicale de certaines femmes &#8211; le début d’une réflexion…</h4>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque l’on regarde les chiffres, il n’y a pas à être féministe pour se rendre à l’évidence: les femmes sont complètement sous-représentées sur la scène musicale française et internationale. Si elles sont plus présentes en musique classique, cela est beaucoup dû à l’apparition des rideaux lors des auditions d’orchestre, et cela reste un écosystème qui n’est pas représentatif de la scène musicale en général. Le sujet de la place des femmes en musique est vaste et peut être abordé de plein d’angles. Celui que j’aimerais soulever dans cette prise de parole écrite, est celui de la place des femmes dans les constructions musicales elles-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Posons la question autrement, telle que je me la pose aussi: est-ce que dans un monde non patriarcal (matriarcal, ou égalitaire, ou autre), la musique qu’on entend aujourd’hui serait différente? Est-ce que les femmes qui veulent intégrer le monde musical d’aujourd’hui se doivent de correspondre à des idéaux masculins? Ou alors, se doivent-elles plutôt de correspondre à des idéaux associés au patriarcat (sans être forcément masculins)? Est-ce que la musique des femmes d’aujourd’hui leur appartient réellement, ou est-ce qu’elle appartient à une société soumise aux rapports de pouvoirs et d’inégalités entre les genres?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cette expérience où l’on faisait écouter un.e violoniste à deux groupes témoins: lorsqu’on présentait l’interprète comme étant femme, on attribuait à l’interprétation des qualités de douceur et de sensibilité. Lorsqu’on présentait l’interprète comme étant homme, on lui attribuait une force technique et virtuose, du caractère, etc. Il s’agissait de la même interprétation, pourtant! Pour la musicienne que je suis, il est tentant de se demander si ce genre de regard que l’on me pose, et cette oreille biaisée que l’on me prête depuis l’enfance, ne m’auront pas conduite à «&nbsp;sur-jouer&nbsp;» la force technique et la virtuosité, par exemple, pour compenser. Ou au contraire, m’auront amenée à me définir autrement, et à privilégier des qualités que je savais attendues d’autre part.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité, c’est que la plupart des professeurs ou des musiciens décisionnaires qui ont jalonné mon parcours musical étaient des hommes. Ensuite, dans mon parcours de musicienne classique, j’ai presque exclusivement interprété des compositeurs masculins. Maintenant que je suis dans le monde du travail, je joue plus souvent avec des hommes, me fais plus souvent engager par des hommes, pour la simple et bonne raison qu’ils sont beaucoup plus nombreux statistiquement dans l’industrie musicale. Ai-je consciemment ou inconsciemment transformé mon jeu pour leur plaire ou pour correspondre à leurs attentes dans un sens ou dans l’autre?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai pas de réponse claire à cette question, d’abord car elle est complexe. Je la pose sans forcément vouloir y répondre de manière définitive, avant tout pour soulever le fait qu’elle prend de la place, dans ma tête à moi, musicienne, alors qu’elle peut laisser cette place libre dans la tête de mes collègues musiciens. Forcément, une question qui est ou n’est pas influence une démarche, un art…</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h4 class="wp-block-heading">Nous sommes nombreuses à NOUS poser la question</h4>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai décidé de poser cette question à des collègues musiciennes professionnelles autour d’un café et d’un temps dédié en 2025. Je voulais comparer les ressentis, donner une réalité à cette question qui m’était trop intime; lui donner une voix, un sens politique, peut-être. Pendant 3h, les 10 femmes que nous étions avons échangé des subjectivités qui ne reflètent qu’un contexte dans un lieu et une époque, qui sont loin d’être exhaustives sur le sujet, mais qui m’ont semblé assez parlantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux positions opposées et probablement complémentaires ont semblé émerger: L’une soutenant que le patriarcat affectait notre musique de façon systémique et qu’il fallait le reconnaître; par la réflexion comprendre jusqu’où il était immiscé de manière subtile dans notre inconscient et jusqu’où il dirigeait notre démarche. L’autre position partait plutôt sur le besoin d’action, et la découverte d’un soi musical authentique qui dépasserait les genres et les injonctions sociales, qu’elles soient patriarcales ou non, soutenant qu’il ne fallait pas attribuer au patriarcat plus de pouvoir qu’il en avait, et que la réflexion autour de la question pouvait justement nous détourner de notre chemin artistique véritable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les exemples concrets d’impacts du patriarcat dans la musique, certaines ont avoué avoir transformé leur son pour correspondre à un idéal qu’elles associaient au masculin (idéal qui peut aussi peser sur les hommes, on est d’accord!). Il pouvait par exemple s’agir de jouer plus fort, jouer plus rythmique, jouer plus vite, jouer plus. Ces caractéristiques ne seraient pas des caractéristiques « masculines », elles seraient des caractéristiques encouragées chez les hommes dans le patriarcat. D’autre ont parlé de leur choix de style de musique. Certaines se seraient dirigées inconsciemment vers des musiques associées au genre féminin (douces, maternantes) et revenaient maintenant sur ces choix. D’autres encore auraient choisi leur instrument en fonction de leur genre et des représentations associées à l’un et l’autre. Certaine ont abordé l’injonction à modifier leur caractère en situation de collaboration (devenir plus dure, grande-gueule, afficher une sur-confiance en soi) et comment la musique aurait pu être influencée par cette modification du caractère. Certaines ont parlé de la pression qu’elles recevaient à être tête d’affiche (que parce qu’elles étaient l’unique femme d’un groupe) et que cela les poussait dans des dilemmes moraux que leurs collègues masculins n’avaient pas à gérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes ces injonctions, contraintes ou dilemmes, sans parler des violences sexistes et sexuelles subies si souvent, auraient pu en pousser certaines à développer leurs propres projets en tant que meneuses, ou alors en non-mixité. Dans certains cas, l’énergie demandée pour porter ces projets, et pour les faire valider même face à des a priori biaisés, pouvait être facteur d’épuisement (et donc une musicienne épuisée joue différemment la même musique qu’un musicien en forme) ou d’abandon desdits projets, desdites musiques (donc encore moins de représentation des femmes en création musicale). Ces observations étaient basées même sans prendre en compte le fait que les attentes sociales pesaient plus sur les femmes et pouvaient mener vers cette fatigue et indisponibilité artistique (maternité, charge mentale, aide aux proches, travail domestique non reconnu, inégalité des salaires…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois aussi, la situation faisait naître des compétitions entre les femmes, qui voyaient les places accordées aux femmes comme étant limitées, se battaient entre elles pour ces places, et ne voyaient pas que le problème était justement le manque de places pour les femmes en proportion avec celles que prenaient les hommes. La compétition aurait pu influencer les choix dans la création musicale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une des questions que nous pouvons soulever concerne l’implicite vs l’explicite: qu’est-ce qui est une vraie demande d’un milieu musical et de la société vs qu’est-ce qui est une norme intériorisée que nous pouvons aisément rejeter après conscientisation? Par exemple, nous avons presque toutes eu un jour ou l’autre l’impression de devoir être belles ou même sexy sur scène. Cela peut concerner autant les chanteuses de lyrique que les bassistes rock. Etait-ce une véritable attente des programmateurs, des collaborateurs et du public, ou un comportement que nous croyions devoir endosser pour compenser le «&nbsp;privilège&nbsp;» de jouer avec des hommes, croyance façonnée par des milliers d’années de patriarcat avant nous?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, une programmatrice présente nous ramène aux chiffres: «&nbsp;les shows plus virils vendent mieux que les shows plus « féminins »&nbsp;» C’est évidemment toujours la réalité financière qui influence le plus la réalité artistique, et comment parler de patriarcat sans parler de capitalisme…</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question continuera certainement à m’éclairer dans différentes pistes de réflexion, mais celle qui me taraude le plus est la question de la question. J’ai travaillé avec des hommes extraordinaires et déconstruits. Malgré ces belles expériences, lorsque je commence une nouvelle collaboration en mixité, j’emporte toujours avec moi, au devant de mes pas, la question «&nbsp;vais-je subir le patriarcat?&nbsp;». En ayant peur de l’éléphant dans la pièce, je lui donne vie, présence, parfois là où il n’était pas. En entrant dans un lieu avec mon bouclier et mes armes, je crée le décor pour la guerre, même lorsque la paix était toute annoncée. En apportant la question du patriarcat dans ma poche, je deviens, en quelque sorte, actrice du patriarcat. Puisque je m’encombre systématiquement de pensées que mes collègues masculins n’ont pas souvent, j’empêche d’autres idées artistiques de prendre leur place. Je ne me jette pas la pierre pour autant, et j’espère qu’on ne me la jettera pas, car je sais que je ne suis pas responsable de ce combat envers l’envahisseur, même si je le mène parfois au mauvais endroit. Le patriarcat a eu 5000 ans pour s’insinuer dans les codes de tant de contextes, il a eu 5000 ans pour dire aux femmes «&nbsp;attention!&nbsp;», et nous ne pouvons même plus imaginer notre identité sans cette vigilance permanente! Est-ce donc cette vigilance que je devrais guetter dans les créations musicales pour comprendre où sont les femmes, aujourd’hui, en musique?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">***<strong><em>Petit rappel: les courants féministes (ou ceux que je connaisse du moins) n’opposent pas les hommes et les femmes. Ils s’en prennent au système patriarcal (et non à des individus) dans l’espoir d’évoluer vers une société dans laquelle les femmes ET les hommes soient plus épanouis.</em></strong>***</p>
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		<title>Coloniser le réel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 20:12:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
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					<description><![CDATA[Ou pourquoi j’arrête d’utiliser les réseaux sociaux à des fins professionnelles Alors que je prépare sur mon téléphone une sortie en bateau avec des amies sur le fleuve Saint-Laurent, une pensée me traverse: « quand j’y serai, ce serait le bon endroit pour prendre une photo pour les réseaux sociaux, ça ferait rêver les Français! » Je [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h4 class="wp-block-heading"><strong>Ou pourquoi j’arrête d’utiliser les réseaux sociaux à des fins professionnelles</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que je prépare sur mon téléphone une sortie en bateau avec des amies sur le fleuve Saint-Laurent, une pensée me traverse: « quand j’y serai, ce serait le bon endroit pour prendre une photo pour les réseaux sociaux, ça ferait rêver les Français! » Je relève la tête, songeuse, et je vois l’aéroport Charles-de-Gaulle. Je me dis que c’est vrai qu’ici aussi, malgré ma honte réelle de polluer la planète avec un vol, ça aurait été l’occasion de construire une image, celle d’une Chloé-jet-set-qui-parcours-le-monde. Suis-je donc en train de vivre une expérience « à perte? », de manquer une opportunité de m’expandre?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne prendrai pas de photos. Ou si j’en prends, personne ne les verra, sauf mes enfants peut-être, à mon retour. Ma vie ne nourrira que moi-même; je ne sais pas si c’est un geste égoïste ou altruiste, que de vouloir ressentir la vie de l’intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque je suis arrivée en France, j’ai accepté de suivre toutes les formations pour musiciens émergents. J’arrivais de 8 années en Inde. Je devais rebâtir ma carrière de zéro, et trouver du travail passait par le fait de construire mon réseau. Inévitablement, je me retrouvais périodiquement dans des formations portant sur les réseaux sociaux. Les refrains étaient les mêmes: il fallait nourrir les algorithmes. Tous les prétextes étaient bons, mais tout ce qui affichait de la personnalité et de l’intimité étaient à prioriser: les publics aimaient mettre des visages et des histoires sur la musique qu’ils écoutaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai tenté peu à peu de me mettre à poster. Des banalités. Elles pourraient, me disait-on, ériger un univers imaginaire autour de ma personne. Peu à peu, ce mode de pensée est devenu intrusif. C’en est même devenu une blague avec mes proches: devant chaque beau paysage et devant chaque ruine pittoresque je m’écriais «&nbsp;c’est ici qu’il faut faire un clip!&nbsp;». Je me moquais de moi-même pour ne pas succomber à cette même personne dont la tête était polluée d’injonctions contradictoires. A vrai dire, la blague n’est pas si drôle, tant ce mode de pensée est répandu et incité à notre époque. J’y vois un symptôme glauque d’une déchéance de la dignité humaine, alors que même les souvenirs acquièrent une valeur marchande! Attention, loin de moi de vouloir juger les individus qui cèdent à la pression de cette société. J’ai moi-même cédé, et je céderai peut-être dans des moments de doute, de raisonnements altérés ou de nécessités. Depuis un an toutefois, je cède de moins en moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Utiliser le réel à des fins commerciales m’évoque la manière dont on a colonisé ces forêts sauvages, comme on les a rasées pour en faire des sources de pâturages pour des exploitations profitables. Aujourd’hui, il faudrait pourchasser l’inclassable en cadrages et en textes à émojis. Alors que je pénétrais dans la musique comme à l’intérieur d’une forêt enchantée et mystérieuse, il faudrait maintenant que j’expose la manière dont je la dompte en hectares et en stères, et ce avec conviction, assurance. Faire semblant que je comprends vraiment la vie, la mort, l’amour. On me suivrait, les pouces avant le coeur, les likes avant l’amour. J’ai choisi la musique pour apprivoiser le réel, justement car cet art était assez vaste pour que le réel puisse se protéger de mes intrusions, et que nos jeux de cache-cache soient plus savoureux, plus amoureux. Pourquoi le vendre maintenant à des algorithmes, ces assassins des muses, ces bourreaux de divergences, ces geôliers d’humanité?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois que la goutte qui a fait déborder le vase a coulé à Delhi. J’habitais chez mon maître de chant. J’étais absorbée par cette pratique qui vise l’&nbsp;«&nbsp;au-dedans&nbsp;». Je chantais bien 6-7h par jour en quête de sensations de plus en plus affinées d’une justesse, d’un son, et de combinaisons mélodiques à même de recréer des états physiques et psychologiques de plus en plus précis que je découvrais au fur et à mesure. Une autre élève est arrivée et à photographié l’appartement de mon maître pour afficher son activité sur les réseaux. Immédiatement, une pensée m’a envahie: devrais-je faire comme elle? Saisir l’occasion de «&nbsp;montrer&nbsp;» que je vis des choses trépidantes, que je me construits? A l’essor d’un combat interne sans précédent, j’ai réussi à renoncer au fantasme de l’admiration de followers. Dorénavant, je tenterais de ne vivre l’art que pour lui-même &#8211; j’essaierais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne voyais pas d’autres issues à ce dilemme moral: chaque pensée de photographies me faisait sortir de moi, de mes sensations, et qui plus est de mon ouïe. Le fait même de «&nbsp;pouvoir&nbsp;» photographier chaque instant de ma vie &#8211; ma pratique, mes marches dans Delhi, mes contemplations de l’aube- parasitait TOUS les instants; plus aucun instant n’était assez fort en lui-même. Le chant n’était plus complet, il devait gagner légitimité par photos et réseaux. En quelques sortes, c’était presque avouer que mon art était plus faible et moins nécessaire qu’un divertissement éphémère. Je ne pouvais à la fois poursuivre ma voie artistique, et afficher ma vie sur les réseaux: puisque je cherchais à nourrir mon art de toute ma vie, m’en extraire pour l’afficher m’empêchait de m’en inspirer profondément, musicalement. Pour s’afficher, il faut se mettre en scène, se penser de l’extérieur, sortir de soi. Pour jouer ce qui m’intéresse, il est fascinant de plonger au plus profond de soi-même, de s’oublier, dans un abandon. Les deux postures sont presque opposées!</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un point de vue plus concret: comment espérer qu’un raga qu’on développe habituellement en 1h ou plus &#8211; car le développement est un art en soi &#8211; soit attrayant sur un reel de 10 secondes sans le dénaturer? Et ce questionnement sur le tout-photographiable, ne va-t-il pas inévitablement parasiter le réel sonore aussi par des questionnements, en plein jeu, du genre «&nbsp;ce tihai que je viens de faire, a-t-il été assez bien exécuté pour être posté?&nbsp;» Tôt ou tard, j’allais finir par adapter la tradition qu’on m’a transmise pour qu’elle corresponde à la temporalité des réseaux: j’ allais finir par ne plus m’abandonner aux longues notes d’un alap, et j’allais finir par essayer de «&nbsp;me prouver&nbsp;» en 10 secondes en sur-ornementant peut-être, en me fichant du son qu’on n’entend que sur un téléphone de toute façon, à quoi bon le tempérament, il n’y a que les mouvements rapides qui séduisent les masses, bein oui tout le monde ne réagit qu’à ça, il faut bien plaire à son public c’est pas forcément narcissique, le public en 2025 c’est en ligne…</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai retiré ma photo de profil de mon compte Facebook, arrêté de poster tout ce qui me concernait uniquement et qui demandait une création de contenu de ma part. J’ai accepté de reposter lorsque l’on me l’a demandé. Un an plus tard, je sens que mes directions artistiques et vitales sont beaucoup plus fortes et cohérentes. Un calme s’enracine tranquillement en moi, cette impression que je suis là où je dois être, ni à la place d’un.e autre, ni qu’un.e autre devrait vouloir être à ma place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors, comment fait-on pour développer une activité lorsque l’on est artiste et que sa survie financière en dépend? Je ne sais pas. Cette année, j’ai remarqué que tous les contrats qui m’intéressaient m’étaient arrivés par bouche à oreille, et non grâce aux réseaux en ligne. Des gens qui me connaissaient, connaissaient ma démarche ou avaient entendu parler de moi, m’offraient des concerts, des opportunités. Ces expériences étaient stimulantes: je n’avais pas à jouer un jeu là non plus, et je pouvais avancer vers ce qui m’intéresse vraiment, cette recherche d’une essence via le son. Est-ce que je vais continuer à pouvoir gagner ma croûte ainsi? Pas certaine. Je sais par contre que l’incertitude donne à l’existence une densité qui me semble savoureuse. C’est un peu le même plaisir que celui de l’improvisation musicale…</p>
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